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Le creek Baie Nord - Prony

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Le creek de la Baie Nord, qui coule en aval du complexe industriel et minier de Goro sur la commune du Mont Dore, est particulièrement exposé à diverses perturbations, depuis la fin des années 90. Chroniques ou accidentelles, les origines des pollutions sont diverses. (Voir encadré).

Des perturbations chroniques et parfois accidentelles

Les perturbations peuvent êtres chroniques : apports sédimentaires dus aux travaux d’aménagement, pollutions organiques dues aux dysfonctionnement de la station d’épuration, perturbation thermique probable avec la mise en service de la centrale thermique de Prony Energies. D’autres perturbations sont accidentelles : fuite d’acide et neutralisation, débordement bassin de sédimentation…

 

L’origine des perturbations du creek est diverse :

1. Colmatage généralisé des substrats par des apports latéritiques

Les travaux de défrichement et de terrassement du site de l’usine et la route d’accès au port a perturbé dès 1999 la dynamique sédimentaire du bassin versant du creek.

Ces apports sédimentaires devraient diminuer suite à l’arrêt du chantier, le revêtement des pistes, l’aménagement de différentes aires bétonnées, la revégétalisation de talus et surtout avec la mise en place d’un dispositif de gestion des eaux au niveau de la mine.

 

2. L’enrichissement excessif du cours d’eau au travers d’apports polluants organiques

La mauvaise gestion de la station d’épuration, du bassin de lagunage associé ainsi que certains rejets de la centrale thermique de Prony Energies contribuent à l’apport de matières organiques.

 

3. Rejets de Prony Energies

Dès la fin de l’année 2007, date de la mise en service de la centrale thermique de Prony Energies, l’apport de polluants d’origines diverses et une probable perturbation thermique sont, combinés, susceptibles d’atteindre la viabilité des peuplements du creek de la Baie Nord : écotoxicité des éléments et modification du régime thermique du cours d’eau.

 

4. Pollution accidentelle : acidification extrême et neutralisation

1er avril 2009 : le rejet de plusieurs milliers de litres d’acide sulfurique concentré (98%) et la neutralisation de l’acide par l’apport massif de carbonates atteignent de manière combinée l’intégrité physico-chimique et biologique du creek de la Baie Nord.

 

21 avril 2010 : une colonne d’extraction de 670 m3 s’effondre sur le site industriel de Vale Nouvelle-Calédonie. La fuite des substances chimiques, acide et organique, serait contrôlée et la totalité des produits récupérée dans des bassins de rétention. Soucieux de déceler tout éventuel impact, l’OEIL a missionné le 23 avril un bureau d’étude sur place, pour évaluer la qualité des eaux du creek. L’observatoire a profité de cette occasion pour élargir son étude et obtenir une vision historique de l’état écologique du creek Baie Nord.

Les prélèvements ont été réalisés par le bureau d’étude Hytec, au niveau d’une station du creek de la Baie Nord, située à 2,5 km en aval du complexe industriel. Cette station reflète l’ensemble des atteintes du creek par les activités et rejets du secteur Nord des industries.

 

Pour évaluer l’état de santé du creek, deux types de prélèvements ont été effectués :

- un prélèvement d’eau pour mettre en évidence une éventuelle contamination du milieu par l’acide et les solvants organiques contenus dans la colonne d’extraction. Plusieurs paramètres peuvent être mesurées : matière en suspension, cuivre, zinc, cobalt, nickel, hydrocarbures totaux et chlorures.

- des prélèvements de macro-invertébrés benthiques (qui vivent au fond de l’eau) reconnus comme d’excellents indicateurs biologiques de l’état de santé des milieux aquatiques. L’analyse de ces échantillons permettent de calculer trois indices : l'indice biotique de Nouvelle-Calédonie (IBNC), l'Indice BioSédimentaire (IBS) et l’indice Ephémèroptères, Plécoptères et Trichoptères (EPT).

 

Globalement, la comparaison des données issues des prélèvements du 23 avril (48 heures après la rupture de la colonne) avec des données historiques ne montre aucune modification dans les valeurs des paramètres mesurés. L’oxygénation est satisfaisante (> 96 % de saturation), la conductivité est moyenne et stable (135 μS/cm < X <150 μS/cm) sur l’ensemble des campagnes de mesure. Les concentrations pour les micropolluants minéraux (Co, Cu, Ni, Zn) et les micropolluants organiques (hydrocarbures dissous) restent en-dessous des limites de détection et la concentration en ions chlorures restent du même ordre de grandeur que les valeurs mesurées antérieurement.

Les paramètres physico-chimiques analysés deux jours après l'accident (soit le 23 avril 2010) ne montrent pas de perturbation de la qualité des eaux. Seules la turbidité et les matières en suspension ont augmenté. Cette augmentation concorde avec les pluies enregistrées sur le bassin versant, qui ont vraisemblablement remis en suspension les nombreuses particules fines présentes sur le fond du cours d’eau.

 

L’IBNC permet de mettre en évidence une perturbation de la qualité des eaux par des pollutions organiques. Cet indice est relativement stable de janvier 2008 à avril 2010, témoignant d’une qualité « passable » pour les eaux du creek Baie Nord. La campagne de janvier 2008 montrait une meilleure qualité, classée comme « bonne » avec une valeur d’indice de 5,92 (note sur 10). La valeur d’indice IBNC obtenue après l’accident du 21 avril est toutefois la plus faible de la série d’observation : 4,3 – qualité « mauvaise ».

L’IBS reflète l’état des cours d’eau vis à vis de pollution par les fines latéritiques issues des massifs miniers. Cet indice suit les mêmes évolutions que l’IBNC et indique une altération très importante de la dynamique sédimentaire du creek Baie Nord classant celui-ci dans une qualité « passable » à « mauvaise ». Il est toutefois important de noter que l’interprétation de l’IBS reste complexe et émise sous toute réserve en présence d’une pollution organique avérée du cours d’eau.

Enfin, l’indice EPT permet, en complément des deux indices précédents, de cibler le niveau d’atteinte général du peuplement benthique. Que ce soit avant ou après l’accident du 21 avril 2010, l’indice EPT confirme l’état de dégradation avancé du creek Baie Nord, avec des valeurs d'indice oscillant entre 1 et 5. A titre de comparaison, une rivière de bonne qualité sur terrains miniers peut dépasser 20 en indice EPT.

 

Les indices biotiques ne décèlent aucun impact particulier en avril 2010. Ils confirment une baisse de la qualité des eaux causée par des pollutions anthropiques organiques et sédimentaires. Ces pollutions sont omniprésentes et leurs effets sont plus marqués entre janvier et avril 2010.

 

Pas d’impact accidentel mais une qualité passable

L’étude et les analyses réalisées en avril ne révèlent aucune atteinte de la qualité des eaux du creek Baie Nord suite à la rupture de la colonne d’extraction du 21 avril 2010 sur le site industriel, laissant imaginer que la fuite a été contrôlée dans les bassins de rétention. Néanmoins, elles soulignent les conséquences des multiples atteintes de ce cours d’eau qui détériorent sa qualité globale de la classe « passable » à « mauvaise ».

 

Source : Suivi de la qualité des eaux du creek Baie Nord après l'accident du 21 avril 2010 - Hytec