Incendies 2019 : quel bilan provisoire pour l'environnement ?

Photo : Incendie dans la région de Thio - Décembre 2019 - © 2019/M.JUNCKER

16/01/2020

Record battu. Avec 676 incendies détectés depuis le 1er janvier, ayant parcouru presque 29 000 hectares de végétation, l’année 2019 s’affiche désormais comme l’année la plus destructrice de ce début de siècle. L'OEIL dresse un bilan provisoire sur l’impact environnemental de ces incendies sur le territoire. 

 

 

 

Fig. 1 : Carte de densité du nombre d'incendies détectés du 1er janvier au 31 décembre 2019

Sources : OEIL, NASA (VIIRS)

 

Le suivi par satellite opéré par l’OEIL fait état de 676 incendies détectés sur l’année 2019, pour un cumul de surfaces brûlées d’environ 29 000 hectares.

A titre de comparaison, en 2018, 206 événements avaient été détectés, qui s’étaient étendus sur près de 6 800 hectares. En 2017, qui détenait jusqu’à présent le record de surfaces brûlées de ces vingt dernières années, les satellites de la NASA avaient détecté 730 incendies, pour une surface brûlée totale d’environ 24 000 hectares.

Ainsi, d’après ces données provisoires, l’année 2019 affiche le plus grand cumul de surfaces brûlées et se place en 2ème  place quant au nombre d’incendies détectés, en comparaison avec la période 2012-2019. 

   

  

 

Impact sur les milieux naturels : ressource en eaux et biodiversité mises à mal

La destruction du couvert végétal par le feu amène à l’augmentation du risque d’érosion, dont les effets sur l’ensemble des milieux naturels vont du glissement de terrain au recouvrement des récifs coralliens par apport de terre dans le lagon, en passant par le colmatage des cours d’eau. Autres conséquences : la réduction de la ressource en eau, en quantité comme en qualité, et l’émission de gaz à effet de serre, contribuant au changement climatique. Outre ces conséquences globales, voici les premiers éléments d’analyse relatifs à l’impact environnemental des incendies en 2019. 

 

Ressource en eau : 

57 périmètres de protection des eaux (PPE) ont pu être impactés par le feu en 2019, soit près de 10 % d’entre eux

37 des PPE touchés se situent en province Nord, et 20 en province Sud. Ce sont des zones situées autour des captages et forages destinés à la consommation humaine. Les activités humaines y font l’objet de préconisations visant à préserver la qualité de l’eau.

 

Aires protégées : 

21 % des aires protégées ont été touchées par les flammes en 2019.

On retiendra notamment la réserve naturelle de la forêt de Saille à Thio dont environ 40% de la surface a été parcourue par les flammes fin novembre-début décembre 2019, ainsi que la réserve de l’île de Pam qui a brûlé dans sa quasi-intégralité en début de SAFF.

 

Faune et flore endémiques : 

44 incendies ont concerné des périmètres d’alerte sur des espèces évaluées « En danger critique d’extinction » et « En danger d’extinction » selon Endemia et l’UICN. 58 espèces sont concernées par ces 44 événements, parmi lesquelles :

  • le Pichonia munzingeri, arbuste micro-endémique de La Coulée, s’est probablement éteint dans les incendies de La Coulée de début décembre 2019.
  • le scinque Caledoniscincus auratus a vu son aire de répartition probablement touchée par le feu en 2019, il conviendra de prospecter sur le terrain pour déterminer si l’espèce est toujours présente.

 

Pour en savoir plus sur les impacts des feux sur les milieux naturels en Nouvelle-Calédonie, consultez la plaquette Les incendies : notre environnement en danger ! .

 

 

Quelle répartition géographique des incendies en 2019 ?

Cette année encore, la province Nord est la plus touchée par le phénomène, comptabilisant 77% des surfaces brûlées. Elle est suivie de la province Sud qui a connu plusieurs incendies de grande ampleur, notamment à Moindou, Thio, et au Mont-Dore cette année, totalisant 22% des surfaces brûlées sur le territoire en 2019. Les surfaces brûlées en province des Îles, moins sujette à cette pression environnementale, représentent moins de 1% du total territorial. 

Fig. 5 : Carte des communes touchées par les incendies en 2019
Sources : OEIL, NASA (VIIRS)
Thio et Ouégoa : deux communes fortement impactées

La commune de Thio a vu en 2019 plusieurs milliers d’hectares en proie aux flammes. Un événement marquant à noter : entre le 26 novembre et le 14 décembre, un incendie parti de la route principale a atteint la réserve provinciale de la forêt de Saille, détruisant près de 40% de la surface de cet exceptionnel réservoir de biodiversité, qui représente également le principal apport en eau douce de la rivière Nembrou. 

Fig. 6 : Comparatif des images Sentinel 2 prises le 21 septembre (à gauche) et le 25 décembre (à droite)
Sources : COPERNICUS

La commune de Ouégoa, quant à elle, a connu également de multiples sinistres de grande ampleur pendant la SAFF, dont en particulier celui qui a parcouru la quasi-totalité de la réserve de l’île de Pam (en haut, à gauche), et ceux qui ont menacé directement bâtiments et habitations du village de Ouégoa nécessitant des évacuations (en bas à droite). 

 

 

Focus sur la SAFF 2019 : 22 000 hectares brûlés, 62% des incendies de l'année

Sur les 3 mois de Saison Administrative des Feux de Forêt (SAFF), 419 incendies ont été recensés, soit 62% des événements sur l’année (fig.4). 

Fig. 7 : Nombre de détections du 1er janvier au 31 décembre 2019
Sources : OEIL, NASA (VIIRS)

Une première estimation des surfaces pour la SAFF 2019, selon les données provisoires issues du capteur VIIRS de la Nasa, affiche le résultat d’environ 22 000 hectares brûlés. Ainsi, la SAFF 2019 affiche, un bilan supérieur aux deux années précédentes.

Après analyse affinée réalisée à posteriori grâce aux données des satellites Sentinel 2, les saisons des années précédentes affichaient les bilans suivants :

  • SAFF 2018 :  114 incendies détectés, environ 4 500 hectares brûlés
  • SAFF 2017 : 328 incendies détectés, environ 12 500 hectares brûlés

 

Des données précoces qui restent à affiner

L’ensemble des chiffres communiqués pour l’année 2019 sont des estimations qui nécessiteront une analyse affinée. La faible résolution des capteurs satellitaires VIIRS (Visible Infrared Imaging Radiometer Suite) de la Nasa, qui permettent les détections précoces utiles pour le service d’alerte, impose d’appréhender ces données avec prudence. Le calcul précis des contours de surfaces brûlées doit obligatoirement être réalisé a posteriori, sur la base des capteurs portés par les satellites Sentinel 2, du programme européen Copernicus, qui ont un niveau de précision bien supérieur, de l’ordre de la dizaine de mètres. Il est donc possible que les chiffres annoncés ci-dessus diffèrent du bilan définitif qui sera publié dans quelques mois.

 

 

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